Quand la route change, la destination reste importante.

Beaucoup pensent qu'être flexible signifie être prêt à tout changer : modifier le plan, l'objectif, les normes, les promesses, voire l'identité. Mais ce type de flexibilité peut devenir un problème en soi. Si tout est ajustable, rien n'est fiable.

La véritable flexibilité est plus efficace lorsqu'elle repose sur un point fixe. Vos valeurs constituent ce point fixe. Elles vous permettent de persévérer malgré les difficultés. Votre stratégie est simplement le moyen de transport que vous utilisez actuellement. Si ce moyen de transport tombe en panne, vous n'avez pas à remettre en question votre objectif. Il vous suffit peut-être d'emprunter un autre chemin.

Cela a son importance au quotidien, surtout en période de stress. Une personne attachée à la stabilité financière peut commencer par un plan, puis se rendre compte qu'il n'est plus adapté à sa situation. Dans ce cas, envisager des solutions comme l'allègement de la dette peut constituer un ajustement stratégique, et non un reniement de ses valeurs.

Les valeurs sont notre étoile polaire.

Les valeurs ne sont pas censées résoudre tous les problèmes instantanément. Elles sont là pour vous guider. Elles vous rappellent quel genre de personne, de famille, d'équipe ou d'organisation vous aspirez à devenir.

Si l'honnêteté est une valeur, elle doit rester constante même lors de conversations délicates. Si la responsabilité est une valeur, elle doit demeurer importante face au stress. Si la famille est une valeur, elle doit guider les décisions même lorsque le travail devient exigeant. Si le développement personnel est une valeur, il doit demeurer important même lorsque les critiques sont blessantes.

La stratégie peut évoluer en fonction de ces valeurs. Votre communication peut changer. Vous pouvez établir un nouveau budget. Vous pouvez réorganiser votre emploi du temps. Vous pouvez demander de l'aide. Mais l'engagement profond demeure.

MindTools explique que comprendre ses valeurs permet de faire des choix en accord avec ses priorités, surtout face à des décisions difficiles. C'est là tout l'enjeu. Les valeurs ne sont pas de simples ornements, mais de véritables outils de décision.

La stratégie est le véhicule actuel

Une stratégie n'est pas sacrée. C'est un outil. Elle vous permet de passer de votre situation actuelle à celle que vos valeurs vous indiquent.

C’est là que beaucoup se perdent. Ils s’attachent au moyen plutôt qu’à la destination. Ils persistent à utiliser le même plan parce qu’il fonctionnait auparavant, même si la situation a changé. Ils conservent la même routine, le même budget, le même parcours professionnel, le même style de communication ou le même modèle d’entreprise, car tout changement leur paraît être un aveu d’échec.

Mais une stratégie doit être confrontée à la réalité. Si l'ancienne voie est bloquée, impraticable ou dangereuse, rester les bras croisés n'est pas une preuve d'engagement. Cela ne fait que confirmer un attachement à une seule méthode.

Un stratège flexible se demande : « Qu’essayons-nous encore d’honorer, et qu’est-ce qui doit changer pour que nous puissions continuer à l’honorer ? »

La menace peut rigidifier les gens

Face à la pression, beaucoup de gens deviennent moins créatifs. Leur réflexion se restreint. Ils s'accrochent davantage à leurs habitudes. Ils répètent le même geste avec plus d'insistance, espérant que leurs efforts compenseront une approche inadaptée.

C’est compréhensible. Le stress peut rendre la certitude plus rassurante que l’expérimentation. Face à la peur, une stratégie familière peut sembler réconfortante, même si elle n’est plus efficace.

Mais la rigidité face à la menace peut transformer une situation difficile en impasse. Une personne peut continuer d'éviter un problème financier, l'évitement étant devenu son réflexe. Une équipe peut multiplier les réunions interminables faute de savoir comment résoudre autrement les problèmes. Un dirigeant peut vouloir tout contrôler dans les moindres détails, la confiance étant perçue comme risquée.

La solution n'est pas d'abandonner ses valeurs, mais de relâcher son emprise sur la méthode actuelle.

La flexibilité a besoin de limites

La flexibilité sans limites conduit à la dérive. C'est pourquoi les valeurs sont si importantes : elles empêchent la stratégie de se transformer en mouvements aléatoires.

Prenons l'exemple d'une personne qui accorde une grande importance à sa santé. Une stratégie rigide l'amène à se dire : « Je dois faire du sport à 6 h tous les jours de la semaine, quoi qu'il arrive. » Si son emploi du temps change ou qu'une obligation familiale survient, elle risque d'abandonner complètement, car cette routine stricte devient impossible à suivre.

Une stratégie guidée par les valeurs affirme : « La santé reste primordiale, alors quelle version est la plus adaptée cette période ? » La réponse pourrait être une marche à l’heure du déjeuner, des séances de musculation plus courtes, la préparation des repas pour le week-end ou un programme moins intense pendant quelques mois. La valeur demeure inchangée. La méthode s’adapte.

Ce principe s'applique aussi à l'argent, aux relations, à la carrière et au leadership. La flexibilité est la plus efficace lorsqu'elle sait ce qu'elle refuse de trahir.

Les personnes préparées s'adaptent malgré tout

La planification est essentielle. La préparation est essentielle. Mais bien se préparer ne signifie pas croire que chaque plan fonctionnera exactement comme prévu. Il s'agit de développer la capacité de réagir face à l'évolution de la situation.

Ready.gov encourage la population à élaborer un plan d'urgence avant qu'une catastrophe ne survienne, précisant notamment comment recevoir les alertes, se mettre à l'abri, évacuer et communiquer. Cette leçon est également valable en dehors des situations d'urgence. Se préparer ne signifie pas pouvoir tout contrôler, mais plutôt disposer de davantage de moyens d'action face à des événements imprévus.

Une stratégie flexible n'est ni paresseuse ni négligente. Elle est souvent plus rigoureuse qu'une stratégie rigide car elle exige une attention constante. Il faut observer les changements, mesurer ce qui fonctionne et adapter son approche sans perdre de vue ses objectifs.

La question n'est pas « Le plan a-t-il fonctionné ? »

La question pertinente est plutôt : « Le plan a-t-il atteint ses objectifs ? »

Parfois, un plan fonctionne sur le plan technique, mais enfreint l'essentiel. Vous respectez les délais, mais vous épuisez l'équipe. Vous faites des économies, mais vous négligez votre santé. Vous remportez la discussion, mais vous brisez la confiance. Vous développez l'entreprise, mais vous perdez la culture qui justifiait sa création.

Parfois, un plan échoue sur le papier, mais il nous apprend comment mieux servir la cause la prochaine fois. Un budget ne tient pas, mais il révèle la véritable source des dépenses superflues. Une conversation tourne mal, mais elle met en lumière les problèmes de confiance à résoudre. Un projet n'atteint pas son objectif, mais il expose une hypothèse qu'il fallait remettre en question.

Lorsque les valeurs sont claires, l'échec devient information plutôt qu'effondrement de l'identité.

L'adaptation est une forme d'intégrité

Certains pensent que l'intégrité signifie ne jamais changer. Mais l'intégrité n'est pas de l'entêtement. L'intégrité, c'est rester fidèle à soi-même. Et parfois, rester fidèle à soi-même exige de s'adapter.

Si l'honnêteté est votre valeur, votre stratégie pourrait évoluer de la franchise à la patience, car une honnêteté sans bienveillance peut nuire. Si la générosité est votre valeur, votre stratégie pourrait évoluer de l'acceptation systématique à la définition de limites, car une générosité sans limites peut engendrer du ressentiment. Si l'excellence est votre valeur, votre stratégie pourrait évoluer du perfectionnisme à la recherche d'une qualité durable, car le perfectionnisme peut insidieusement détruire le travail qu'il prétend protéger.

L’adaptation peut être la réponse la plus honnête à la réalité. Elle signifie : « Je tiens toujours à la même chose, et parce que cela me tient à cœur, je suis prêt à trouver une meilleure solution. »

Une manière simple de dissocier les valeurs de la stratégie

Lorsque vous vous sentez bloqué, prenez une feuille de papier et divisez-la en deux colonnes. D'un côté, écrivez « Qu'est-ce qui doit rester vrai ? » De l'autre côté, écrivez « Qu'est-ce qui peut changer ? »

La première colonne concerne les valeurs. La confiance, la santé, la responsabilité financière, la créativité, la présence familiale ou l'engagement spirituel doivent peut-être rester intacts.

La deuxième colonne est consacrée à la stratégie. Le calendrier, l'outil, l'horaire, le style de communication, la catégorie budgétaire, le rôle, la routine ou l'itinéraire peuvent évoluer.

Cette simple distinction peut apaiser l'esprit car elle montre que tout n'est pas à prendre ou à laisser. Vous ne vous perdez pas. Vous faites évoluer le véhicule.

Inébranlable ne signifie pas immobile.

Les personnes les plus fortes ne sont pas celles qui refusent d'avancer. Ce sont celles qui savent ce qui, en elles, ne doit pas bouger pendant que tout le reste est remis en question.

Découvrir la flexibilité stratégique, et non la flexibilité des valeurs, vous confère cette force. Vous cessez de considérer chaque obstacle comme un verdict définitif. Vous cessez de confondre une méthode défaillante avec une mission vouée à l'échec. Vous cessez de vous accrocher à des plans qui ne servent plus la vie que vous essayez de construire.

Vos valeurs vous permettent de garder le cap. Votre stratégie vous fait avancer vers elle. Lorsque ces deux rôles sont clairement définis, l'adversité peut vous ralentir, vous mettre à l'épreuve et vous contraindre à repenser votre chemin. Mais elle ne saurait définir qui vous êtes ni où vous allez.

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