Vous quittez le bureau à 8 h, roulez 35 minutes vers le nord pour un rendez-vous à 9 h, puis 50 minutes vers le sud pour un autre à 11 h, car ce client n'était disponible que le matin. Vous repartez ensuite vers le nord à 2 h pour un appel programmé il y a trois semaines. À 4 h, vous avez parcouru 140 kilomètres et mené trois conversations. La journée est bien remplie et le planning semble satisfaisant, alors que vous avez passé environ quatre de ces huit heures dans un véhicule. Multipliez ce rythme par cinq pour une petite entreprise, et vous comprendrez qu'elle paie deux salaires complets pour déplacer des employés.

La forme d'une semaine gâchée

Les déplacements inutiles suivent une géométrie bien connue. L'itinéraire se croise, et les rendez-vous dans une même banlieue tombent sur des jours différents de la semaine. Un commercial passe à moins de trois kilomètres d'un client qu'il n'a pas visité depuis cinq mois sans s'en apercevoir, car la liste des clients est classée par ordre alphabétique et rien dans le planning de la journée n'est organisé par position sur la route.

Il ne s'agit pas d'un problème de discipline. Le problème vient du fait que les rendez-vous sont planifiés un par un, dans l'ordre proposé par les clients, sans que l'on sache où ils se trouvent réellement. La carte est l'élément manquant.

Couverture superposée et itinéraires croisés

Le pire scénario se produit lorsque deux commerciaux se partagent le même secteur. Dans les petites entreprises, c'est fréquent, car les territoires se développent souvent grâce à des relations personnelles plutôt qu'à des lignes hiérarchiques. Un commercial a un client dans le comté de l'est parce qu'il était à l'école avec le propriétaire. Un autre gère trois comptes dans la même zone industrielle. Tous deux parcourent les mêmes 30 kilomètres à des jours différents pour assurer le suivi de comptes qu'un concurrent couvre en une seule visite.

Définir les limites du parcours avant d'optimiser les itinéraires permet d'éviter les trajets inutiles. Cela résout également un problème récurrent et chronophage dans les petites entreprises : qui doit appeler lorsqu'un client est pris en charge par deux personnes ? Chaque situation ambiguë engendre un appel, un courriel interne et parfois même deux visites.

Dans une petite entreprise, corriger les doublons prend généralement une après-midi. Il suffit de consulter la liste des comptes, de noter qui a contacté chaque titulaire au cours de l'année écoulée et d'attribuer chaque compte litigieux à la personne la plus proche du domicile. Quelques comptes seront intéressants à conserver en raison des relations que vous entretenez avec les clients ; les considérer comme des exceptions dès maintenant évitera que cela ne serve de précédent par la suite.

Travaux de bornage avant les travaux de voirie

Une fois que chaque compte est attribué à une personne, la tournée quotidienne peut être planifiée correctement. Des punaises sur une carte papier suffisent pour un commercial couvrant un département. Deux commerciaux ou plus se partageant une région ont besoin que l'emplacement et le nom du propriétaire des comptes soient visibles sur le même écran ; c'est précisément le rôle des logiciels de gestion de secteurs de vente. Un tableur trié par code postal peut faire l'affaire temporairement.

Les habitudes de réservation sont essentielles pour une organisation efficace. Un représentant qui accepte tous les rendez-vous proposés par le client aura une semaine chaotique, quelle que soit la qualité de la planification.

Séquencement des rendez-vous dans la journée

L'organisation des rendez-vous est cruciale pour gagner du temps. En programmant quatre réunions dans un rayon de dix kilomètres un jour, puis quatre autres dans un rayon différent le lendemain, on obtient huit réunions en parcourant environ deux fois moins de kilomètres. En programmant ces rendez-vous du point le plus éloigné vers le domicile, on évite également le trajet le plus long en début de journée, lorsque la circulation est plus fluide et l'attention plus vive.

Les mathématiciens étudient ce problème sous-jacent depuis un siècle sous le nom de problème du voyageur de commerce , et la solution exacte pour un grand nombre d'étapes est véritablement difficile à calculer. Un représentant commercial n'a pas besoin de cette solution exacte. Planifier judicieusement huit étapes permet de réaliser la majeure partie des économies possibles, et la différence entre une planification judicieuse et une planification aléatoire est souvent de 60 kilomètres par jour.

La planification des rendez-vous par créneaux horaires permet d'organiser les rendez-vous. Un conseiller qui indique à un client être disponible dans le secteur les mardis et jeudis matin obtient généralement un rendez-vous le mardi ou le jeudi. Les clients acceptent cette solution bien plus facilement que ne le pensent les responsables, car l'alternative, à savoir un créneau dans les trois semaines suivantes, ne leur est pas plus avantageuse.

Les coûts cachés du temps passé sur le pare-brise

Le carburant représente le coût visible et le plus faible. Les prix nationaux de l'essence ont fluctué entre environ 2.79 $ et 4.56 $ le gallon en 2025, ce qui modifie la facture mensuelle de carburant d'une équipe sur le terrain de plusieurs centaines de dollars sans que personne ne modifie un seul itinéraire.

La technique de conduite influe légèrement sur la consommation. Une accélération plus douce et des périodes de ralenti plus courtes consomment moins d'essence , et les économies réalisées se mesurent alors en pourcentages à un chiffre. Seule la réduction du kilométrage parcouru a un impact significatif.

L'amortissement et l'entretien des véhicules sont directement liés au kilométrage ; ainsi, une différence de 22 000 miles par an par rapport à 12 000 représente un réel impact sur le coût d'exploitation de la flotte. Les commerciaux qui passent six heures par jour au volant s'exposent aux risques pour leur santé liés à une position assise prolongée , ce qui se traduit par des absences et un taux de roulement du personnel plus élevés. Enfin, le coût d'opportunité est le facteur le plus important : un commercial qui récupère 200 heures de conduite par an peut les consacrer à des échanges avec les clients et ainsi générer des ventes.

Il convient également d'évoquer l'assurance et le risque d'accident. Plus le kilométrage est élevé, plus le risque est important, et un seul accident responsable peut impacter la prime d'assurance d'une petite entreprise pendant trois ans.

Jours de zone et attentes des clients

L'attribution de jours aux zones fonctionne bien une fois les limites définies. Chaque zone se voit attribuer un jour de la semaine, les clients de cette zone en sont informés, et ce système permet de couvrir 80 % du calendrier tout en assurant la gestion des urgences.

Il est nécessaire de prévoir un créneau libre le jeudi après-midi. Laisser ce créneau disponible permet de répartir les imprévus de livraison, les demandes de devis urgentes et les rendez-vous clients à court terme, évitant ainsi que ces événements n'empiètent sur les trois autres jours de la semaine. Les équipes qui remplissent tous leurs créneaux horaires finissent par devoir constamment reprogrammer leurs interventions, ce qui engendre des frais de déplacement bien supérieurs à ceux occasionnés par un après-midi libre.

L'avantage pour le client est réel et mérite d'être souligné lors de la mise en place de ce changement. Il est plus facile de s'organiser avec un fournisseur présent dans la région à une date fixe, et les clients cessent de considérer une visite comme une faveur accordée au hasard. Les commerciaux qui s'y opposent craignent généralement de paraître inflexibles. En pratique, les clients apprécient la prévisibilité d'une date de rendez-vous, et renoncer à la flexibilité dont ils n'ont jamais profité ne leur coûte rien.

Le chiffre qui justifie le travail

Faites le calcul avant de décider si cela vaut la peine. Un commercial parcourant 140 km par jour à 45 km/h passe environ 3 heures au volant. En réduisant ce temps d'un tiers grâce à l'optimisation des tâches et à la planification, le commercial récupère une heure par jour, soit 5 heures par semaine, ce qui représente environ 230 heures par an. À raison d'une heure par visite client, compte-rendu inclus, cela représente 230 conversations supplémentaires avec le même effectif et le même budget. Pour une équipe de cinq personnes, les économies réalisées sur les kilomètres parcourus représentent déjà un montant à cinq chiffres, avant même de comptabiliser une seule commande supplémentaire.

Auteur